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« Notre objectif est de retrouver le type d'abeille noire qui peuplait l'Europe de l'Ouest au XVIIIe siècle. Il est important de garder des races pures et qui s'adaptent à l'écosystème très particulier d'une île », explique Jacques Kermagoret, le président de l'association Conservatoire de l'abeille noire bretonne (kevredigezh gwenan du breizh). Hier, plus de 80 apiculteurs l'accompagnaient sur ce morceau de nature préservée, ancré à 20 kilomètres des côtes. Ils ont inauguré le nouveau port d'attache du Conservatoire au pied du phare du Stiff. « Les bâtiments ont été mis à notre disposition par le Conservatoire du littoral, précise le président. De mai à septembre, des bénévoles se relaient autour du salarié permanent pour s'occuper des ruches et du lieu d'exposition. » Les apiculteurs ont mis la main à la pâte pour les travaux de finition. La facture (hors rénovation des bâtiments) est de 40 000 € financés par la Région, le Conseil général du Finistère, la mairie d'Ouessant et la filière apicole.
Depuis son retour sur Ouessant, en 1978, l'abeille noire s'est particulièrement bien adaptée au climat tonique de l'île et à sa nature sauvage où la floraison disparaît après septembre. « L'abeille se cale sur la manne nourricière, indique Jacques Kermagoret. Elle est capable de vivre uniquement sur les ressources de la ruche entre septembre et mai, ce que d'autres races ne savent pas faire. L'apiculteur est obligé de pourvoir à leur alimentation. »
Fournir des reines au continent
Autre qualité de notre insecte : il se lève très trop le matin pour capter l'eau de la rosée, car la ruche est grosse consommatrice d'eau. D'autres variétés d'abeilles, un peu cigales sur les bords, ne prisent pas ce genre d'activité, dès potron-minet. « L'enjeu de notre travail sur l'île est de fournir des reines reproductrices avec toutes ces qualités, souligne Jacques Kermagoret. On en envoie par La Poste à des apiculteurs de toute la France et même de l'étranger pour qu'ils puissent créer des bons hybrides avec d'autres espèces plus productrices. »
L'autre grand atout d'Ouessant, c'est la pureté de son environnement. On n'y trouve pratiquement aucune trace de pesticide et le varroa, l'acarien ennemi juré des hyménoptères, n'a jamais réussi à traverser la mer d'Iroise. « L'abeille est une sentinelle de la santé des écosystèmes, rappelle Monique L'hostis, professeure à l'École vétérinaire de Nantes. Ici à Ouessant, l'abeille noire en est un témoin plus blanc que blanc. »
Jean-Paul LOUÉDOC.
