Editorial par François Régis Hutin
Haïti, la si belle et la si malheureuse. Haïti démolie par les cyclones à répétition. Haïti défigurée par les siens qui sont si malheureux, si imprévoyants qu'ils ne laissent pas le temps à la terre de se reconstituer, qu'ils ne laissent pas le temps aux arbres de grandir. Alors, l'érosion la mine. La terre arable, la terre nourricière s'en va, laissant les mornes dénudés. Restent la pierraille, la poussière, la culture difficile, voire impossible. La faim chasse les gens. Ils se retrouvent dans les bidonvilles sans hygiène. On construit à la hâte. Il faut bien abriter les gens. Il faut bien des écoles pour enseigner les enfants et cela s'effondre et la mort passe, avec son cortège de tristesse, avec les flots de larmes des mères qui cherchent leurs enfants sous les décombres.
Voilà pourquoi nous en avons appelé à nos lecteurs. Nous ne pouvons rester indifférents à la misère et aux malheurs que subissent, aujourd'hui, ceux avec lesquels nous partageons une longue histoire. Cette histoire est douloureuse pour eux comme pour nous, faite d'espoirs déçus, d'allers et retours de liberté et d'esclavage, de rêves ensoleillés et d'exploitations sordides. Malgré tout cela, nous avons tissé des liens, gardé des souvenirs communs. Ainsi, tel port de Bretagne ou de Normandie avait ses relations privilégiées avec tel autre port d'Haïti. On se connaissait, on aimait à se retrouver de loin en loin. Tout cela nous garde en lien, encore aujourd'hui, même si les heureuses coopérations viennent désormais autrement.
La collecte que l'association Ouest-France Solidarité a lancée, voici plusieurs semaines, s'est produite en pleine crise économique. Et pourtant, elle est un grand succès. Nous dépassons, à ce jour, 200 000 € de dons généreux, les uns très importants dépassant les 500 ou même les 1 000 €, les autres très humbles, quelques euros seulement, dont il nous est demandé de ne les percevoir qu'après la prochaine paie ! Oui, nous sommes dans l'admiration de cette générosité qui s'exprime à nouveau.
Pour l'aide d'urgence et la réhabilitation rurale
Certains nous ont fait part de leurs doutes : depuis longtemps, disent-ils, vous demandez de l'aide. Nous donnons à chaque fois. Mais cela aura-t-il un jour une fin ? Non ! Non, amis, cela ne finira jamais, car il y aura toujours des pauvres parmi nous, proches ou lointains. Mais, derrière votre question, il y a un véritable problème et une exigence que nous voulons prendre en considération. Il faut orienter ces dons aussi vers autre chose que l'aide passagère. Bien sûr, nous allons donner pour l'urgence parce qu'il faut que les gens des Gonaïves ou d'ailleurs puissent enlever la boue qui a envahi leur maison comme leur école. Voyez ce que nous rapporte Michel Rouger dans l'article de la page 3, à la suite de son voyage là-bas. Mais, en plus de l'aide d'urgence, nous allons soutenir ceux qui travaillent à la reconstitution des sols, à la reconstruction de l'agriculture, à la transformation et à la vente de leur production. Nous allons ainsi contribuer à recréer enfin une économie rurale viable et durable.
Forts des renseignements pris auprès des diverses associations, nous allons répartir votre collecte en veillant que pas un centime ne s'écarte de la destination que vous avez fixée à votre don. Nous vous rendrons compte de l'utilisation de ces dons. Nous retournerons sur place pour les vérifications nécessaires et nous vous en informerons. Sans tarder, au nom des gens d'Haïti, meurtris, et dans l'attente de votre aide, nous vous remercions. Et nous, Ouest-France, nous vous disons à vous, lecteurs, merci ! Merci de la confiance que vous nous avez témoignée en nous remettant vos dons si précieux par leur montant, si précieux aussi parce qu'ils sont le signe de votre amitié pour ceux qui souffrent et pour nous qui, avec vous, voulons les aider. Merci !